En Norvège, une victoire en demi-teinte pour les conservateurs

Fire nye år. Quatre nouvelles années. Un slogan, mais surtout un pari risqué pour Erna Solberg, première ministre conservatrice sortante. Distancée par la gauche dans les sondages, la droite a réussi à se maintenir et sort victorieuse de ces élections. Pourtant, si les travaillistes sont affaiblis, les conservateurs doivent également se contenter d’une majorité plus restreinte qu’espérée. 

Qualifiées de « thriller » par les Norvégiens, ces élections législatives auront tenu en haleine le pays jusqu’aux derniers bulletins dépouillés. L’enjeu était de taille pour Erna Solberg, première ministre conservatrice sortante : réussir à convaincre les électeurs de la reconduire à la tête du gouvernement pour un second mandat. Les travaillistes, à la tête du bloc de gauche « Rouges-Verts », espéraient reprendre les rênes après leur déroute en 2013. Tout au long du dépouillement, la barre symbolique des 85 députés, qui assure la majorité, a oscillé entre la gauche et la droite.

Une violente débâcle pour les travaillistes

Dans la dernière ligne droite, le bloc de gauche, composé des travaillistes, des socialistes et des centristes, s’est laissé dépasser. L’Arbeiderpartiet (parti des travailleurs) pourrait se targuer d’arriver en tête avec 27,4% des suffrages. Pourtant, le parti signe son deuxième plus mauvais score depuis 1924 et perd six sièges par rapport à 2013. Parti grand favori de ces élections, Jonas Gahr Støre, le chef des travaillistes, n’a pu qu’exprimer sa « grande déception » à l’annonce des résultats.

Jan Tomas Espedal
Jonas Gahr Støre, le leader travailliste, en mauvaise passe après les résultats décevants de son camp. • Crédits : Jon Tomas Espedal

Crédité de plus de 35% en début d’année, le parti a chuté dans les sondages tout au long de l’été. Pour Harald Stanghelle, éditorialiste du quotidien Aftenposten, c’est Jonas Gahr Støre et sa vision pessimiste d’une Norvège en crise qui ont causé cette débâcle. « Il n’a eu de cesse d’insister sur le fait que seul un gouvernement mené par l’Arbeiderpartiet pourrait donner de l’élan à l’économie et à l’emploi. Cette vision de la Norvège, les électeurs n’y croyaient simplement pas ». Le leader travailliste a aussi cherché des électeurs au-delà de la gauche, pour faire barrage aux populistes du Fremskrittspartiet (Parti du Progrès, membre du gouvernement), chez les chrétiens-démocrates. Pour de nombreux électeurs de gauche et les syndicats, une alliance avec ce parti aux positions conservatrices était inenvisageable.

Une courte majorité pour les conservateurs

Les décisions de Jonas Gahr Støre auront laissé le champ libre à Erna Solberg pour conquérir le Storting, le Parlement norvégien. Tout au long de la campagne, avec ses alliés populistes, la Première ministre aura développé une vision optimiste de la Norvège. Parmi ses principaux arguments de campagne, la cheffe de file conservatrice a mis en avant les succès rencontrés dans sa gestion de la question migratoire, et du choc pétrolier de ces dernières années dans un pays qui tire sa fortune des hydrocarbures. Høyre (la Droite) a réussi à maintenir son statut de deuxième parti du pays avec 25,1% des suffrages.

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Erna Solberg sort victorieuse des élections, en obtenant une courte majorité. • Crédits : Heiko Junge

Si Erna Solberg a rapidement annoncé son maintien à la tête du gouvernement dans la soirée du 11 septembre, la victoire a un goût amer. Le bloc de droite, composé des conservateurs, des populistes, des chrétiens-démocrates et des libéraux, perd sept sièges, dont trois rien que pour Høyre. La majorité sera courte pour la première ministre qui devra rester plus unie que jamais avec ses alliés pour maintenir sa coalition. En 2013, un gouvernement composé des partis Høyre et Fremskrittspartiet avait vu le jour, avec l’appui tacite des chrétiens-démocrates et des libéraux. L’exécutif n’avait besoin du soutien que de l’un de ces deux petits partis pour légiférer. Désormais, la cheffe de l’État devra compter sur les deux. Une tâche difficile tant les partis Venstre (la Gauche en norvégien, parti libéral) et le Kristlig Folkeparti (parti chrétien-démocrate) sont en désaccord avec les populistes, jusqu’à refuser de s’allier avec eux.

La gauche et le centre, vrais vainqueurs des élections

Malgré la domination apparente des travaillistes et des conservateurs, le poids des deux principaux partis se réduit encore un peu plus. À eux seuls, ils ne représentent qu’un peu plus de la moitié des suffrages. Leurs positions au cours des élections ont fait fuir un certain nombre d’électeurs. Le gouvernement actuel, d’abord, mené par Høyre est qualifié de « gouvernement le plus à droite depuis la Seconde Guerre mondiale » par Harald Stanghelle. Alliée aux populistes de droite, Erna Solberg a repoussé un électorat plus modéré en raison de certaines décisions, notamment en matière d’immigration. À gauche, une partie des électeurs travaillistes se sont tournés vers la gauche et le centre, refusant de voter pour un homme prêt à s’allier avec les chrétiens-démocrates et dont les propositions étaient similaires à celles de la droite.

En conséquence, le Sentrepartiet (Parti du Centre) a fait son retour sur la scène politique norvégienne, en obtenant 10,3% des suffrages, soit six points de plus qu’en 2013, son meilleur score depuis vingt-cinq ans. Le Sosialistisk Venstreparti (les Socialistes de Gauche) gagne également deux points, alors qu’il menaçait de disparaître du parlement quatre ans plus tôt, tandis que les écologistes se maintiennent avec un seul député. La formation d’extrême-gauche Rødt (Rouge en norvégien) fait son entrée au Storting avec également un député.

Berit Roald : NTB scanpix
Les leaders des quatre principales formations politiques se sont réunis après l’annonce des résultats, lundi 11 septembre. • Crédits : Berit Roald

Entre des travaillistes affaiblis, des conservateurs reconduits, et des petits partis revigorés, toutes les cartes sont donc redistribuées entre les partis norvégiens. Si Erna Solberg sort victorieuse de ces élections, les semaines à venir seront difficiles. Sa courte majorité et ses alliés qui se déchirent pousseront la Première ministre à rassembler autour d’elle si elle espère se maintenir, comme son slogan le dit, pour quatre nouvelles années.


Résultats détaillés

  • Rødt (Rouge, Communistes) : 2,4 %, en hausse par rapport à 2013 (1,1 %)
  • Sosialistisk Venstreparti (Socialistes de Gauche) : 6 %, en hausse par rapport à 2013 (4,1 %)
  • Arbeiderpartiet (Parti Travailliste, Sociaux-Démocrates) : 27,4 %, en baisse par rapport à 2013 (30,8%)
  • Senterpartiet (Parti du Centre) : 10,3%, en hausse par rapport à 2013 (5,5 %)
  • Miljøpartiet De Grøn (Parti de l’Environnement-Les Verts) : 3,2 %, en hausse par rapport à 2013 (2,8%)
  • Kristelig Folkeparti (Parti Populaire Chrétien, Chrétiens-Démocrates) : 4,2 %, en baisse par rapport à 2013 (5,6 %)
  • Venstre (La Gauche, Libéraux) : 4,3 %, en baisse par rapport à 2013 (5,2 %)
  • Høyre (La Droite, Conservateurs) : 25 %, en baisse par rapport à 2013 (26,8 %)
  • Fremskrittspartiet (Parti du Progrès, Populistes) : 15,2 %, en baisse par rapport à 2013 (16,3 %)

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Résultats des élections législatives norvégiennes • Chiffres du Parlement norvégien
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Résultats des élections législatives norvégiennes de 2017 (opaque) comparés à ceux des élections de 2013 (transparent) • Chiffres du Parlement norvégien
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Nombre de députés obtenus pour la législature 2017-2021 • Chiffres du Parlement norvégien
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Simulation des deux blocs alliés en Norvège suite aux élections (majorité à 85 députés) • Chiffres du Parlement norvégien

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