Après mon année erasmus en Suède, le retour au pays est difficile

Il y a un an tout pile, je prenais l’avion pour me rendre en Suède. Il y a deux mois tout pile, je suis rentré en France au terme d’une année riche en émotions et en rencontres. Après une telle expérience, tout est différent. Il est difficile de retrouver sa place en France. Les souvenirs, eux, sont omniprésents. Le manque se fait ressentir au point de se transformer en une douce mélancolie. Comme beaucoup d’autres, la réadaptation n’est pas aisée, et le blues ne fait que durer.

Je me revois devant la porte d’embarquement, le 15 août 2016. Quelques minutes avant de quitter la France, je postais sur Facebook une photo de l’avion qui allait me conduire jusqu’en Suède, accompagnée d’un court message : « Nous y voilà. C’est parti pour un an en Suède ». À l’époque, j’étais excité et heureux à l’idée de partir un an à l’étranger, de quitter la France. Les doutes et les peurs étaient là aussi, mais faisaient pâle figure face à la joie que je pouvais ressentir.

J’avais espéré découvrir l’Europe du Nord depuis longtemps déjà, alors l’idée d’une vivre pendant toute une année relevait du rêve éveillé. Dès mes premiers pas dans les rues de Stockholm, j’ai compris que quelque chose se passait au fond de moi. Je n’étais plus seulement un touriste venu découvrir la Suède. Je venais à peine de descendre de l’avion que tout ici me semblait être une évidence. Je me sentais véritablement chez moi, comme si j’étais de retour à la maison après l’avoir quitté pendant des années.

Cette année n’aurait pas pu être plus parfaite. Vivre seul, coupé de ses proches, dans un pays étranger était en soi un saut dans le vide. J’ai eu la chance de faire de magnifiques rencontres, de me faire des amis venant des quatre coins du monde. J’ai eu la chance de vivre de beaux moments comme de simples barbecues au bord d’un lac, mais aussi de voyager fréquemment à travers l’Europe du Nord. J’ai eu la chance, tout simplement, de découvrir un pays, une population et une culture dont j’avais tant rêvé.

J’avais quitté une France qui ne me correspondait plus, que je ne comprenais plus. En quelque sorte, j’étouffais et je suis parti à un moment où j’avais besoin de souffler, de me changer les idées. En arrivant en Suède, j’ai comme vécu au ralenti. Je profitais de chaque instant : un simple lever de soleil au petit matin, les premiers flocons de neige de l’année, un café entre amis. J’étais dans une petite bulle.

Les derniers jours en Suède ont été d’une tristesse infinie. Je voyais que la date du retour approchait et à mesure que je m’en rapprochais, je sentais un véritable déchirement au plus profond de mon cœur. Je me souviens encore de cette dernière journée, seul dans les rues d’Umeå, à retourner dans tous les endroits qui avaient compté pour moi. Je me revois le long de la rivière en admirant le coucher du soleil. Je me revois me balader autour du lac, entouré par les pins et les bouleaux. Je me revois marcher dans les rues, regardant les maisons en bois colorées.

Quand je suis monté dans l’avion du retour, j’avais le cœur si lourd. Au fond, je crois que je suis tombé amoureux de la Suède. Alors la quitter, c’est un peu comme quitter l’être aimé sur un quai de gare sans savoir quand aurait lieu la prochaine rencontre. Je n’ai pas pu détacher mon regard du paysage qui s’offrait à moi à travers le hublot pendant le décollage. Je voulais photographier en moi l’image de cette ville tant chérie, des forêts, des lacs, des côtés, de tout ce que j’avais tant aimé.

À peine cinq heures plus tard, j’étais en France, avec mes valises, comme si tout cela n’avait été qu’un rêve. Difficile d’expliquer ce que j’ai pu ressentir à ce moment précis tant la situation me semblait absurde. J’ai mis plusieurs jours à réaliser que j’avais quitté la Suède pour de bon.

Une difficile réadaptation à la France

Quand on me demande si le retour n’est pas trop difficile, je ne sais jamais vraiment comment répondre. Certes, j’explique que ce n’est pas facile de s’adapter de nouveau, que je préfèrerais être en Suède. Mais comment expliquer tout ce que l’on peut ressentir à des personnes qui n’ont pas vécu à l’étranger, même un temps. Personne ne peut vraiment comprendre l’intensité de ce que l’on a pu vivre, à part les autres expatriés, les personnes qui sont parties quelques temps à l’étranger.

J’ai le sentiment parfois d’être dans une bulle, de vivre les choses sans vraiment être présent. Mon corps est en France, mais mon esprit est ailleurs. J’observe le monde qui m’entoure, mais je suis désormais plus spectateur qu’acteur. Une sensation bien étrange, parfois.

À mon retour pour les vacances de Noël, j’avais déjà ressenti un léger décalage avec certains de mes amis qui n’avait pas connu tout cela. Beaucoup ne comprenaient pas ou ne pouvaient pas imaginer tout ce que cela impliquait pour moi. Mon année en Suède n’était pas de simples vacances, c’était avant tout une belle expérience humaine. En un an, on change énormément, alors il n’est pas facile de retrouver un environnement qui lui n’a pas bougé entre temps. C’est un peu comme si, au bout d’un an, on remontait dans le temps pour reprendre le cours de notre vie là où on l’avait arrêté.

Devoir dire adieu à un an de sa vie comme celui-ci est loin d’être simple. C’est un peu comme un coup d’arrêt. Pendant un an, on a la chance de vivre des choses extraordinaires, de voyager régulièrement, de rencontrer des personnes venant du monde entier, de parler une multitude de langues, de s’imprégner pleinement d’une autre culture. Du jour au lendemain, on est de nouveau projeté dans une routine que l’on avait fuie pendant plusieurs mois.

Au fond, depuis mon retour, j’ai l’impression de devoir m’intégrer dans un pays qui me semble désormais abstrait sous certains aspects. Mon intégration en Suède, l’été dernier, a été beaucoup plus rapide que ma réadaptation en France. Certaines choses me paraissent terriblement banales au point d’en devenir risibles.

Mon année en Suède m’a fait évoluer dans beaucoup de domaines. Les Suédois ne sont pas si éloignés de nous, pourtant en les côtoyant j’ai découvert un mode de vie et un état d’esprit totalement différents. J’ai eu la chance de découvrir un pays plus avancé que nous dans bien des domaines, un pays beaucoup plus ouvert où on s’accepte peu importe nos différences. Alors forcément, je n’ai sans doute plus la patience que je pouvais avoir auparavant pour certaines choses.

Les souvenirs et la mélancolie m’habitent

On dit souvent qu’on ne choisit pas sa famille, mais qu’on choisit ses amis. C’est un peu ce que je ressens pour la France et la Suède. Je n’ai pas choisi de naître en France, d’y vivre. Je suis français de facto, et heureux de l’être. Mais j’ai choisi de partir en Suède. C’était le choix du cœur, une envie, un espoir de découvrir un ailleurs méconnu. Je me suis lancé et je suis tombé amoureux de ce pays. Peut-être qu’au fond, je me sens désormais un peu plus suédois que français.

À mon départ, en août dernier, le bonheur était à son comble. Je n’avais qu’une seule question en tête et qui revenait en boucle : « Et si je m’y plaisais au point de ne plus vouloir rentrer ? ». J’avais peur, à l’époque, de me plaire en Suède à tel point que je ne voudrais plus retourner vivre en France.

Depuis mon retour, je tente doucement de m’habituer de nouveau à la France. On nous explique que ça passera, qu’il faut juste un peu de temps. Pourtant, j’attends depuis deux mois et la tristesse est toujours palpable. Aujourd’hui, c’est une douce mélancolie qui fait vibrer mon cœur. Pas un jour ne passe sans que je ne repense à cette année. Il suffit d’une musique, d’un mot, d’une photo pour me renvoyer à certains heureux souvenirs.

Je ne doute pas que la mélancolie s’atténuera avec le temps, certes. Je ne veux pas oublier pour autant tout ce que j’ai pu vivre pendant cette belle année qui m’aura marqué à jamais. Je ne sais pas si j’aimerais partir vivre en Suède pour de bon, mais je sais que je n’attends qu’une chose depuis mon retour : pouvoir retourner dans ce pays qui a su tant m’offrir et que j’aime tant.


Au terme de mon année en Suède, j’ai pris le temps de faire cette vidéo qui résume mon année. La vidéo est un peu longue, mais comment résumer une telle expérience en seulement quelques minutes ? Je crois qu’à travers ces images, on comprend aisément pourquoi j’aime tant la Suède. En tout cas, j’espère que vous le comprendrez. 

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  1. Grâce à la magie des réseaux sociaux, je découvre ton univers que j’aime beaucoup! Bravo le rendu est superbe !

    Sinon pour faire écho à cet article, je comprends cette période difficile. Tu t’étais à nouveau adapté à un nouveau pays. Vivre en Scandinavie est une belle aventure. Je la vis encore pour un temps indéterminé. Grâce à elle, je m’apaise chaque jour un peu plus…

  2. Salut Damien,

    J’ai lu ton article à peine un mois après être rentrée de mon année d’erasmus en Norvège à Trondheim. Je me suis reconnue dans chacun de tes mots et chacune de tes phrases. Tu y décrit à la perfection toutes les émotions indescriptibles auxquelles on fait face avant, pendant et après cette année. Ton écriture est très agréable et fluide à lire et je voulais te remercier pour avoir si bien expliqué cette mélancolie que l’on ressent une fois rentré en France et dont on met plusieurs mois à se remettre.
    J’espère qu’aujourd’hui tu es plus apaisé qu’hier.
    Par ailleurs, il serait intéressant d’avoir ta vision des choses deux ans plus tard, avec un peu plus de recul.

    Merci pour ce bel article

    Johanna

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