LÉGISLATIVES – Olivier Tonneau, candidat de la France Insoumise

Olivier Tonneau

Quinze candidats sont en campagne pour devenir le député de la troisième circonscription des Français de l’étranger. Ils ont accepté de répondre à nos questions : Qui sont-ils ? Quels sont leurs motivations ? Quelles sont leurs propositions ? Autant de questions auxquelles a répondu Olivier Tonneau, candidat de la France Insoumise (FI).

Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours (politique, professionnel, associatif, etc.) ?

J’ai 42 ans, né à Paris, docteur ès lettres de Paris IV-Sorbonne et maître ès Arts de l’université de Cambridge. J’ai également étudié et enseigné à Oxford et je suis « lecturer » [maître de conférence, ndlr] en lettres modernes à Homerton College, Cambridge, depuis dix ans.

Quels sont vos liens avec cette circonscription ? Avez-vous un ancrage local ou résidez-vous dans l’un des dix pays de la circonscription ?

Je vis en Angleterre où je suis engagé politiquement : je suis membre de la People’s Assembly Against Austerity créé en 2013 à l’initiative de Ken Loach et Owen Jones, et membre fondateur de l’antenne de Cambridge. Nous soutenons toutes les luttes contre les ravages sociaux provoqués par les politiques d’austérité. J’ai également des liens avec la Scandinavie : j’ai vécu et enseigné à Stockholm pendant un an ; pendant mon doctorat, mon mentor fut le philosophe Finlandais Timo Kaitaro ; j’ai également des relations suivies avec le journal norvégien Klassekampen. Je connais moins l’Irlande bien que j’y ai des amis et malheureusement je n’ai jamais été aux Pays Baltes.

Quelles sont les raisons et les motivations qui vous ont poussé-e à déposer votre candidature ? Que représente pour vous le fait d’être député-e de la troisième circonscription des Français de l’étranger ?

Bien que je vive à l’étranger depuis dix ans, je ne me suis jamais perçu comme un « expat ». Je suis citoyen français, profondément attaché à mon pays, concerné par son avenir, et profondément européen. Si je suis candidat pour la France Insoumise, c’est parce que je considère que L’Avenir en commun est le seul projet qui réponde aux défis immenses qui attendent la France et l’Europe : faire la transition énergétique, réduire les inégalités, libérer les démocraties des intérêts particuliers, et par conséquent contrecarrer la montée de l’extrême-droite à travers tout le continent. S’il revient bien sûr au député des Français de l’étranger de porter leur voix et de défendre leurs intérêts, il est également à une place privilégiée pour comprendre les défis qui concernent tous les Européens car il est être au cœur de toutes les problématiques.

Quel regard portez-vous sur le bilan et l’action de la députée sortante Axelle Lemaire et de son suppléant Christophe Premat ? En quoi auriez-vous agi différemment ?

Mme Lemaire et M. Premat ont voté pour le TSCG [Pacte sur stabilité, la coordination et la gouvernance, ndlr], pour l’ANI [Accord national interprofessionnel, ndlr], pour le passage de l’âge de la retraite à 62 ans, pour la prolongation de l’État d’urgence. Ils ont porté la réforme à minima de séparation des activités de banques d’affaires et de détails, promesse forte du président Hollande au Bourget. Ils portent donc le bilan de toutes les régressions sociales du quinquennat qui s’achève. A chaque fois j’aurais agi à l’inverse. Plus spécifiquement, Mme Lemaire a mis en oeuvre la reduction des moyens accordés aux services à destination des Français de l’étranger dans le cadre des politiques d’austérité imposées par les gouvernements de François Hollande, ce qui fut particulièrement préjudiciable étant donnée la forte croissance de la communauté française expatriée. La France Insoumise engagerait au contraire des politiques ambitieuses pour les services publics pour les résidents de l’étranger comme de la métropole.

Si vous ne deviez en citer que trois, quelles seraient vos principales propositions pour les Français-es établi-e-s en Europe du Nord

Si je dois n’en citer que trois, je me concentrerai sur ce qui a trait à l’éducation. Le programme de la France Insoumise prévoit de développer les classes bilingues dans les écoles locales, principalement publiques, afin de permettre aux familles éloignées des centres urbains d’accéder à une éducation en Français à moindre coup. Nous voulons également développer les stages des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education) dans les écoles publiques à l’étranger, afin d’y développer l’enseignement bilingue. Enfin, nous considérons qu’il est injuste que les citoyens français à double nationalité payent des frais de scolarité pour étranger quand ils étudient en France.

Si vous êtes élu-e à l’Assemblée nationale, quelles seront vos priorités pour la circonscription ? Comment comptez-vous mener votre action ?

Une tâche m’intéresse tout particulièrement : la mise en place de l’impôt universel. La France Insoumise fera payer aux résidents à l’étranger la différence entre ce qu’ils payent d’impôts à l’étranger et ce qu’ils auraient payé en France (mesure déjà appliquée par les États-Unis). Cette mesure est souvent mal comprise. D’une part, sa visée est de mettre fin à l’optimisation fiscale par les très grandes fortunes. D’autre part, étant donné que la France Insoumise entend mener une réforme fiscale qui fera payer moins d’impôts à toute personne gagnant moins de 4000 euros par mois, la différence ne sera pas grande. Enfin, nous intégrerons le coût de la vie dans le calcul, ce qui permettra d’éviter toute injustice. Mais surtout, être réintégré dans l’impôt, c’est acquérir les droits auxquels il donne droit : par exemple la gratuité de la scolarité dans les établissements français, le coût des études en France au tarif français ou encore l’accès gratuit aux soins. Nous souhaitons notamment formaliser des accords avec les médecins conseil pour la réalisation de consultations gratuites. Je considère que le retour dans l’imposition des Français de l’étranger me donnera un poids très fort pour défendre leurs droits.

Selon vous, quels sont les principaux défis et problématiques de l’Europe du Nord dans les prochaines années ? Si vous êtes élu-e à l’Assemblée nationale, comment comptez-vous agir et vous investir sur ces dossiers ?

Le grand défi qui nous attend pour les années à venir est de sauver la cohésion de l’Europe. Les Français de l’étranger y sont triplement intéressés : ils ont intérêt à ce que la France se porte bien, que leur pays de résidence se porte bien, et que l’un et l’autre aient de bonnes relations. Il faudra bien sûr accompagner le Brexit en adoptant l’attitude inverse de celle du président Macron qui se veut punitive : agir conformément à l’idéal européen, c’est chercher ce qui est bon pour tous dans le respect de la volonté de chaque pays. C’est ce que prône la France Insoumise. Un gouvernement qui aurait cette attitude serait bien mieux placé pour négocier efficacement la reconduction des accords existants aujourd’hui, notamment des conventions bilatérales sur les retraites. Mais il faudra également œuvrer à refonder l’Europe pour qu’elle suscite à nouveau l’adhésion populaire : l’Islande, qui souhaitait la rejoindre il y a peu, ne l’envisage plus. Les sentiments xénophobes et eurosceptiques montent dans les pays scandinaves. Refonder l’Europe pour la sauver : c’est la plus urgente et la plus belle des missions. Pour la mener à bien, je rejoindrai la Commission des affaires européennes de l’Assemblée Nationale.

Comment envisagez-vous les relations entre l’Europe du Nord et la France à l’avenir ? Comment ces liens pourraient-ils être renforcés ?

La France doit nouer des liens avec tous les pays d’Europe du Nord dans le respect des situations spécifiques à chacun : dans ou hors de l’UE et de l’euro. La bonne façon d’y parvenir est de favoriser les coopérations non marchandes, notamment dans l’enseignement et la recherche, ainsi que les projets intergouvernementaux d’intérêt général, notamment en ce qui concerne l’écologie. C’est en tissant ces liens politiques et sociaux que l’on peut redonner à l’Europe la cohésion qu’elle est menacée de perdre.

Si vous êtes élu-e à l’Assemblée nationale, quelle sera votre attitude par rapport au nouveau Président de la République ? Vous inscririez-vous dans la majorité gouvernementale ou bien seriez-vous dans l’opposition ?

Tout dépend évidemment du résultat des élections législatives ! Si la France Insoumise remporte une majorité de sièges à l’Assemblée Nationale, nous pourrons mettre en œuvre L’Avenir en commun. Si ce n’est pas le cas, nous tâcherons de résister autant que faire ce peu aux politiques de casse sociale qui s’annoncent, notamment en ce qui concerne les services publics et le droit du travail. Nous ferons également ce qui sera en notre pouvoir pour donner à l’action de ce gouvernement la dimension écologique qui lui manque, et que ne compensera pas la présence au gouvernement du seul Nicolas Hulot.

Pour conclure, pour quelle(s) raison(s) aimez-vous l’Europe du Nord ? Un élément en particulier (culture, histoire, nature, patrimoine, société, etc.) vous fait-il apprécier d’autant plus cette circonscription ? 

Impossible de tout dire d’une circonscription si riche et si diverse. Du Royaume-Uni, j’aime autant l’histoire héroïque du mouvement ouvrier que le raffinement de Cambridge ou les trésors des Lumières écossaises. D’Irlande, la fierté d’un peuple rudement malmené par les politiques d’austérité qui s’est exprimée dans la résistance à la privatisation de l’eau et des forêts. De la Suède et du Danemark, le soucis de la nature et du lien social, bien que le délitement du modèle scandinave sous le choc des politiques libérales mettent ces sociétés à rude épreuve. Et de Finlande, le grain de folie que cache une certaine réserve. J’y ai vécu des moments formidables !

Vous pouvez aussi retrouver Olivier Tonneau sur Facebook et Twitter.

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