La Laponie, au-delà du cercle Arctique

La Suède sort tout doucement de l’hiver. Plutôt que d’aller chercher le soleil dans le Sud du pays, je me suis rendu en Laponie, un véritable passage obligé pour tout étudiant international en Scandinavie. Je m’attendais à être émerveillé par la beauté des paysages, mais la Laponie est encore plus belle qu’on ne peut l’imaginer. Pendant quatre jours, j’ai découvert les montagnes, la neige, les lacs gelés, les fjords norvégiens. De tous les voyages que j’ai effectués cette année, c’est à n’en pas douter celui qui m’aura le plus marqué. 

Le voyage commence un dimanche soir, à 23h30, dans une petite rue du centre-ville d’Umeå. Dans le bus, tout le monde dort déjà. Certains sont dedans depuis Göteborg et sont partis à 12h. Direction donc la Laponie. La route est longue : il reste encore neuf heures de route avant d’arriver à Kiruna, la capitale de la Laponie suédoise. Dans la nuit noire, difficile de se rendre compte des paysages qui nous entourent. Heureusement, à cette période de l’année, le soleil se lève vers 5 heures et déjà les montagnes apparaissaient au loin.

 

Jour 1 – Kiruna

À huit heures, le bus arrive à Kiruna. Pourtant habitué à la neige, je dois dire que la Laponie bat toute concurrence. Après un petit déjeuner copieux, nous partons nous balader pour découvrir le centre-ville. La capitale de la Laponie suédoise a été construite sur une mine de fer, l’une des plus grandes du monde. Seulement, voilà, les habitants savent que d’ici quelques années un tiers de la ville va s’effondrer. De grands travaux ont déjà commencé pour déplacer toutes les habitations de l’autre côté de Kiruna. Il est difficile de s’imaginer que d’ici peu, tout sera parti en fumée.  La célèbre église sera, elle aussi, déplacée, et on comprend pourquoi. Entièrement construite en bois, elle est à la fois magnifique et un peu effrayante. La ville ressemble, en grande partie, à toutes les villes de Suède avec ses maisons de toutes les couleurs. En revanche, l’environnement, lui, n’a pas son pareil.

DSC_0028

Dans l’après-midi, un bus nous emmène à l’extérieur de Kiruna pour rejoindre un chenil. Au programme : promenade en chiens de traîneau et en motoneige. À entendre les aboiements des chiens, nous étions attendus, et ils étaient pressés de partir. Pendant quelques instants, nous sommes hors du temps. Le silence est absolu. Seul le glissement du traîneau sur la neige vient perturber ce calme ambiant. Les chiens courent, sans jamais vouloir s’arrêter, quitte à ne pas esquiver les branches d’arbre et les trous. Après un long moment d’émerveillement, il est temps de changer et de faire de la motoneige ! Les engins sont assez impressionnants, et nous ne faisions pas les fiers à l’idée de les conduire. Pendant une bonne demi-heure, nous nous sommes baladés alors que le soleil disparaissait derrière les montagnes recouvertes de neige. Le spectacle était à couper le souffle. Cette sortie a duré trois heures, mais je ne les ai pas vues passer. Avant de partir, nous retrouvons les chiens, épuisés de leur longue balade, qui finissent par nous réclamer des caresses en guise d’au revoir.

DSC_0089 2

DSC_0066
 

Jour 2 – Jukkasjärvi et Abisko

Le lendemain, après une dernière matinée à Kiruna, nous nous rendons à Jukkasjärvi, où se trouve le célèbre hôtel de glace. De l’extérieur, les bâtiments recouverts de neige ne payent pas de mine. Pourtant, en y entrant, la beauté des lieux s’offre à nous. Tout ici est sculpté dans la glace : les murs, les meubles, les lustres, les lits, la décoration et même le bar, où les cocktails sont servis dans des verres de glace. Les chambres sont toutes plus belles les unes que les autres, dans des styles très différents. On y trouve des méduses géantes, des sirènes, des clowns et bien d’autres créatures sorties de l’imaginaire des sculpteurs. Il y a même une chapelle dans laquelle l’hôtel organise des mariages. Si l’envie vous dit d’y passer une nuit, il faudra sortir le porte-monnaie : une nuit en chambre standard vous reviendra à 400 euros.

DSC_0143

Avant que le soleil ne se couche, nous reprenons la route pour nous rendre à Abisko, dernier village avant la frontière norvégienne, en plein cœur d’un parc naturel. La route devient tortueuse à mesure que nous nous approchons. Ce village de 80 âmes est perdu au cœur d’une vallée et au bord du cinquième plus grand lac de Suède. Ici, il n’y a rien : pas un supermarché, pas un restaurant. Non, rien à part quelques petits hôtels pour touristes. Abisko est une destination prisée des amateurs de ski ou de randonnée. Ici, certaines montagnes dépassent facilement et de loin les 1500 mètres d’altitude. Depuis notre hôtel, Abisko Mountain Station, nous avons une vue imparable sur la vallée et sur le lac encore gelé. Il n’est pas difficile de comprendre que les montagnes sont très hautes quand on voit les nuages qui en recouvrent le sommet. Avant de venir en Laponie, je n’avais jamais vu de paysages de la sorte. J’aurais pu passer des heures à rester là et à regarder le paysage qui s’offrait à moi. Pour finir la journée en beauté, nous nous retrouvons tous autour d’un feu de bois, à admirer les étoiles.

DSC_0334

DSC_0541
 

Jour 3 – Narvik

A l’aube du troisième jour, nous montons tous dans le bus pour nous rendre à Narvik, en Norvège. Jamais de ma vie je n’avais été à une latitude aussi haute. Narvik se trouve au même niveau que la Sibérie ou le nord du Canada, c’est dire. Sur la route, toujours le même décor : les montagnes et la neige, mais on ne s’en lasse jamais. Après une petite pause à la frontière entre les deux pays, nous découvrons toute la beauté de la Norvège et de ses fjords. Impossible de ne pas s’arrêter lorsque nous arrivons au cœur du fjord Rombaken. Voir la mer s’engouffrer au creux des montagnes laisse la majeure partie du groupe sans voix. Grâce au Gulf Stream, l’eau n’est pas gelée et l’on peut y tremper notre main pour se rendre compte qu’elle n’est tout de même pas très chaude. Les imposantes montagnes nous font nous sentir tout petit. Je n’ai vu qu’un seul fjord, pourtant à lui seul, il m’a convaincu de revenir un jour en Norvège pour découvrir toute la beauté de ce pays.

DSC_0377

Découvrir Narvik est quelque chose d’assez perturbant. Il est difficile de s’imaginer qu’une si grande ville existe à cette latitude, et pour cause, Narvik compte plus de 20 000 habitants. Le spectacle offert par les montagnes qui entourent la ville et la mer à ses pieds me fait vite comprendre pourquoi les Norvégiens sont si nombreux à vivre ici. Je me suis demandé s’ils se rendaient compte eux-mêmes de la beauté de cet endroit ou s’ils y sont trop habitués pour en avoir conscience. Accompagné de quelques autres membres du groupe, nous décidons de prendre de la hauteur pour avoir une vue plongeante sur la ville. La montée est lente et fatigante, les rues et les maisons étant construites à flanc de montagne. Etonnamment, il fait plutôt chaud ici, au point de nous faire enlever gants, bonnet, écharpe et ouvrir nos manteaux. Le Gulf Stream qui arrive jusqu’ici permet aux habitants de profiter d’un climat plutôt doux tout au long de l’année. En arrivant sur les hauteurs de Narvik, nous découvrons un camaïeu de couleurs qui contraste avec la blancheur des montagnes. Nous profitons de quelques instants sur les bords d’une petite falaise pour admirer cette vue à couper le souffle.

DSC_0419

 

Jour 4 – Abisko et Rensjön

Quatrième et déjà dernier jour en Laponie. Avant de reprendre la route dans l’après-midi, nous décidons à plusieurs de partir faire une randonnée en suivant l’un des sentiers balisés. Nous n’aurions pas pu être plus perdus au milieu de nulle part qu’à ce moment précis. Nous étions seulement quatre, avec les montagnes et les arbres pour seule compagnie. À cette période de l’année, certains sentiers ne doivent pas être très utilisés et encore moins dégagés. Par endroits, pour avancer, nous avions de la neige jusqu’aux genoux. Pendant près de deux heures, nous avons pu découvrir toute la beauté de ce parc naturel, magnifique en hiver, et sans doute sublime pendant l’été. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons quelques instants pour découvrir une reconstitution d’un village sami, du nom des peuples autochtones qui vivent en Laponie : l’occasion d’en apprendre davantage sur eux et sur leurs coutumes. À quelques pas de là, se trouve la gare d’Abisko qui ressemble davantage à une petite cabane. La ligne de chemin de fer sert surtout à transporter le fer extrait des mines de Kiruna jusqu’à Narvik, d’où il est exporté. Après cette longue balade, retour à l’hôtel, juste le temps de ranger nos affaires avant de partir.

DSC_0482

Sur le chemin du retour, nous prenons le temps de nous arrêter dans un élevage de rennes tenu par des Samis. J’avais déjà eu l’occasion de voir des élans et de pouvoir les toucher, mais c’était la première fois que je m’approchais d’aussi près d’un troupeau de rennes. Heureusement, la visite valait le détour, car le froid était vraiment glacial et mordant. Les éleveurs nous avaient tous donné un peu de lichen pour pouvoir nourrir les rennes, et surtout les attirer vers nous. De nature plutôt craintive, ils se sont pourtant bien laissés amadouer par leur nourriture préférée.

DSC_0602

Après un long moment dans le froid, le propriétaire de l’élevage nous a conviés à l’intérieur d’une petite cabane chauffée au feu de bois. Drapé des habits traditionnels samis, il a gentiment répondu à nos questions sur le mode de vie de ces populations, sur sa vie d’éleveur de rennes, et sur les traditions de son peuple. En Suède, d’ailleurs, seuls les Samis sont autorisés à élever ces cervidés. Il nous a également raconté les difficultés d’être sami quand il était enfant. Et pour cause, l’Etat suédois a longtemps cherché à exterminer ces peuples et à détruire leurs traditions. En écoutant l’histoire de sa vie et celle de ses ancêtres, nous avions eu la chance de goûter au pain traditionnel sami, accompagné de viande de renne.

DSC_0658

Non sans un pincement au cœur, il est déjà temps de quitter ce bel élevage perdu au milieu des montagnes. Une longue route nous attend. La nuit noire commence à tomber sur la Laponie, et nous franchissons bientôt – de nouveau – le cercle polaire Arctique. Passage obligé, nous nous arrêtons pour prendre une photo souvenir. C’était le dernier arrêt avant Umeå, le dernier arrêt de quatre jours riches en découverte et en émerveillement.

DSC_0677

Je suis rentré non sans un pincement au cœur. La Laponie est véritablement un passage obligé et j’aurais regretté de ne pas y être là, alors que j’en suis si proche. J’y ai vu tellement de choses que je n’avais encore jamais vues. Les paysages sont impressionnants et leur beauté n’appelle pas le commentaire, seulement le silence et l’émerveillement. Je suis rentré un peu triste en me disant que ce voyage se terminait déjà, mais je sais que ce n’était qu’une première fois et que je retournerai un jour en Laponie, à n’en pas douter.

En bonus de cet article sur mon voyage en Laponie, voici une petite vidéo pleine de beaux paysages, de montagnes, de chiens de traîneau et de fjords.

Vous pourriez aimer

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :