Skam, portrait authentique de la jeunesse norvégienne

Sana Eva Chris Vilde Noora Skam

Aussi surprenant qu’inattendu, ce qui devait rester une simple série réservée aux adolescents norvégiens est le phénomène du moment. Skam, c’est une bande de jeunes confrontés à leurs premiers émois amoureux et leur quête d’identité. Loin d’être une simple et énième série pour ados, Skam dresse un portrait authentique et optimiste de la jeunesse norvégienne, entre amour et réseaux sociaux.

Skam, le reflet optimiste et réaliste de l’adolescence

Sur le papier, le synopsis de la série est presque banal. Skam suit le quotidien des nouveaux élèves du lycée Hartvig Nissen d’Oslo. Pourtant, Skam, c’est bien plus qu’une simple série pour adolescents que l’on aurait vue et revue. Chaque saison est centrée sur un personnage. Eva illustre l’arrivée au lycée, la recherche de nouveaux amis et l’amour adolescent. Suit Noora, une jeune fille indépendante et féministe qui bouscule les codes établis par les garçons au sein de l’école, avant de se faire prendre à son propre jeu. Dans la troisième saison, Isak est en pleine recherche de son identité, et accepte progressivement sa sexualité. La série fait un portrait optimiste de ces adolescents, et, surtout, de la Norvège que le téléspectateur est amené à découvrir, en visitant Oslo, en écoutant les musiques accompagnant l’action – norvégiennes pour une bonne partie – et en découvrant la beauté de la langue norvégienne. De quoi donner envie d’en découvrir plus sur ce pays et sa culture.

La force de Skam, c’est son authenticité. Aucune intrigue alambiquée, tout n’est ici que le reflet de ce que vit la jeunesse norvégienne. Et pour cause, la réalisatrice Julie Andem est partie à la rencontre des élèves norvégiens pendant six mois pour les interroger sur leur quotidien. Skam se veut une série pour ados qui parle aux ados. Les adultes n’y ont pas leur place. Preuve en est l’absence quasi-totale d’adultes dans la série. Lorsqu’ils sont présents, la caméra leur coupe la tête et ne montre que leur buste. Un signe que les jeunes sont le sujet de la série et qu’ils peuvent très bien s’en sortir sans les adultes. C’est d’ailleurs une volonté de la réalisatrice. La série est sortie de manière plutôt confidentielle, sans promotion à grands frais sur la chaîne NRK, pour que les jeunes la découvrent sur internet et pour que les adultes ne se l’approprient pas.

Le réalisme de la série est poussé plus loin encore que la simple intrigue. Tout au long de la semaine, des vidéos de quelques minutes sont diffusées sur le site officiel de la série. Si les personnages font la fête un vendredi soir, une vidéo de la soirée sera diffusée, donnant l’illusion de vivre l’action en temps réel. Plus encore, les réseaux sociaux ont la part belle dans Skam. La série joue la carte de ce qui s’apparente à une réalité virtuelle. Tous les personnages possèdent leurs propres comptes Facebook et Instagram, sur lesquels ils postent des photos au gré de l’intrigue. Les fans de la série sont évidemment invités à les suivre dans leur quotidien, certains cumulant jusqu’à 300 000 abonnés. Entre deux vidéos, le site officiel poste également des extraits de messages que s’envoient les adolescents entre eux. Tout se passe en temps réel, et surtout le téléspectateur est invité à plonger dans leur intime, de vivre avec eux. Plus qu’une série où l’on s’identifie aux personnages, ici, on vit avec eux au quotidien.

Madhi Isak Jonas Magnus Skam
Madhi, Isak, Jonas et Magnus • Crédits : NRK

Skam, bien plus qu’une simple série pour ados

Skam n’est pas une énième série à l’eau de rose. Non, elle permet aussi d’aborder des sujets bien plus profonds. Sous ses airs candides, la série n’hésite pas à parler de religion, de bipolarité, de viol, de féminisme ou de sexualité. Très rapidement, les thématiques entrent en jeu. Le rôle de Sana, jeune fille voilée, permet d’aborder le thème de la religion, et plus particulièrement de l’Islam. Confrontée à Vilde, peu encline à accepter une jeune voilée dans son groupe, le téléspectateur découvre le regard d’une société sur l’Islam, et les a priori déjà présents chez des lycéens. Noora, elle, devient la voix du féminisme dans la série. Elle s’oppose aux autres filles qui cherchent à tout prix un copain et rêvent de leur première fois. Son personnage permet d’entrevoir un sexisme déjà présent dès le lycée, mais surtout de montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent être fortes et indépendantes.

Noora Vilde Sana Chris Eva Skam
Noora, Vilde, Sana, Chris et Eva • Crédits : NRK

Loin des séries sombres comme Skins ou superficielles à la Gossip GirlSkam rend toute sa beauté à une adolescence souvent caricaturée dans les séries et montrée sous ses plus mauvais aspects. Certes, Skam aborde la sexualité, l’alcool, la drogue, mais elle ne se limite pas à cela, et c’est ce qui fait sa force. Elle n’est pas de ces séries pessimistes sur la jeunesse. Non, Skam est une série optimiste et bienveillante. En trois saisons seulement, elle a réussi à montrer toute la profondeur de ce qu’est l’adolescence. La série explore l’intime de la jeunesse, et forcément on s’identifie rapidement à ces lycéens. On voit les personnages se découvrir, approcher de l’âge adulte, être à la recherche de leur identité. On observe des adolescents confrontés aux petits problèmes du quotidien, mais aussi à des problèmes bien plus graves qui les dépassent.

En ne faisant évoluer que des adolescents, Julie Andem leur parle directement, leur montre qu’ils ne sont pas seuls et surtout leur apporte des réponses ciblées. À travers l’expérience d’Eva, de Noora ou d’Isak, chacun peut se sentir concerné et trouver des réponses sur l’amour, la sexualité, ou le monde qui l’entoure. Les questions obtiennent des réponses, mais le téléspectateur observe également un juste reflet de la société dans laquelle il évolue. La série, en soi, est un appel à la tolérance et à l’acceptation. Qu’importe sa religion, son genre ou sa sexualité, personne ne doit en avoir honte et, surtout, chacun doit accepter l’autre pour ce qu’il est. Skam, c’est montrer aux jeunes qu’ils peuvent être forts et indépendants, qu’ils peuvent surmonter les obstacles et s’en sortir. Skam, c’est ça, une série optimiste sur les jeunes, pour les jeunes.

En attendant la sortie de la quatrième saison au printemps prochain, découvrez (ou redécouvrez) la bande-annonce de la première saison. 

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