Pourquoi je suis heureux d’avoir quitté la France ?

Je ne me sens pas particulièrement fier de dire cela, mais c’est une vérité indéniable : je suis heureux d’avoir quitté la France. Il y a encore un an, j’étais content à l’idée de partir un an à l’étranger pour découvrir un autre pays, une autre culture. Aujourd’hui, c’est davantage un soulagement que je ressens, celui d’avoir quitté un pays dans lequel j’étouffe, dans lequel je ne trouve plus ma place. Expatrié en Suède, les différences entre les deux pays sont telles que tout ce que je ne supporte plus en France n’en ressort que pire encore à mes yeux. Il fait bon vivre en Suède, là où l’atmosphère en France est devenue insupportable.

J’ai honte de voir ce qu’est la classe politique française

La passion pour la politique et le débat public m’a pris quand j’avais sept ans, lors de l’élection présidentielle de 2002. À l’époque, je voyais de grandes figures de la politique, j’étais admiratif devant tous ces personnages plutôt emblématiques, et qui, pour mes yeux d’enfant, étaient assez impressionnants. C’est peu dire que depuis j’ai fortement déchanté. Alors certes, du haut de mes sept ans j’étais plutôt naïf, car auparavant, il y avait déjà eu pas mal d’affaires et des comportements qui n’ont pas changé depuis des décennies. Seulement aujourd’hui on atteint des sommets dans la médiocrité politique.

Dès que je vois ou que j’entends parler une femme ou un homme politique à la télévision ou à la radio, j’ai simplement envie de couper le son. La classe politique française est devenue une vraie cour de récréation où chacun-e est occupé-e à régler ses petites querelles personnelles. C’est vrai entre les camps : gauche, droite et extrême-droite. J’en ai marre d’entendre quotidiennement l’opposition critiquer le gouvernement, comme si rien n’allait dans ce pays. C’est toujours la faute de François Hollande et de Manuel Valls. Entre temps, l’opposition a légèrement oublié qui était au pouvoir entre 2007 et 2012, évidemment. C’est affligeant. Plus qu’entre les camps, désormais, on se chamaille même dans les partis eux-mêmes. On n’a rarement vu une classe politique si désunie. Le Parti socialiste est une super nova qui menace d’exploser, tout comme la gauche : Europe Ecologie – Les Verts n’existe quasiment plus et le Parti communiste est en état de léthargie. Chez les Républicains, dans leur course à la primaire, les femmes et hommes politiques sont dans une surenchère constante et offrent un spectacle bien ridicule. Et ne parlons pas de l’extrême-droite.

Le clou du spectacle est survenu il y a deux semaines. Alors certes, ce n’est pas vraiment une surprise, mais l’annonce officielle de la candidature de Nicolas Sarkozy reste une énorme gifle pour tout citoyen français qui se respecte. Comment, dans un pays comme le nôtre, peut-on oser se présenter à l’élection présidentielle avec tant d’affaires et de procès derrière soi ? Quand bien même l’innocence a été prouvée ou les affaires ont été classées. Ce serait peu envisageable en Suède, où une ministre a récemment démissionné pour avoir été verbalisée avec 0,2 mg d’alcool par litre de sang (limite légale dans le pays) et a qualifié cela de « plus grosse erreur de sa carrière ». Ça laisse rêveur. Plus que Nicolas Sarkozy, c’est aussi toute sa clique (Estrosi, Ciotti, Dati, Gaudin, et compagnie) qui fait peur. C’est à cause de ce genre de personnes, comme tant d’autres, que la France vit dans un tel climat de tension. La parole se libère trop en France, et je n’en peux plus d’entendre des inepties constantes dans les médias. On nous parle constamment de radicalisation, mais à écouter les propos de notre ancien président, on se demande vraiment qui se radicalise. Et ne parlons pas d’Emmanuel Macron qui a démissionné du gouvernement par pure ambition personnelle. Il est loin le temps où les personnalités politiques se battaient pour la France et non pour leur égo ou pour leur carrière.

Alors oui, vraiment, j’ai honte de voir ce qu’est la classe politique française : une cour de récréation où des dizaines de personnes se tirent dans les pattes, où des dizaines d’autres font leurs hypocrites pour obtenir un futur poste ministériel. Tout est affaire d’égo et d’ambition personnelle. Je ne supportais plus de voir ça au quotidien, et je suis bien heureux de ne pas avoir été en France pour entendre à longueur de journée des absurdités sans nom sur le « burkini ». Malheureusement, ce beau spectacle risque de durer encore longtemps, avec l’élection présidentielle en 2017.

Racisme, sexisme, homophobie : un cocktail quotidien devenu imbuvable

En plus de ces femmes et hommes politiques, c’est, de façon générale, le peuple français lui-même qui m’exaspère. Après les attentats de janvier 2015, j’avais été agréablement surpris de voir qu’une union nationale était possible entre tous les Français, qu’importe leur confession, leur âge, leur couleur de peau, leur genre, et j’en passe. Pourtant, ceux de novembre 2015 ont définitivement enterré cette union nationale, en partie à cause du comportement des personnalités politiques qui ont été dépassées par leurs propres propos.

Clairement, on ne va pas se voiler la face, depuis lors, ce sont les musulmans qui subissent quotidiennement la discrimination d’une bonne partie de la population, à cause des politiques, et même des journalistes. Les raccourcis sont devenus beaucoup trop rapides en France. C’est effrayant de voir que Nicolas Sarkozy en vient même à utiliser l’adjectif « islamique » au lieu de l’adjectif « islamiste ». J’en ai aussi marre des appels que font les politiques aux musulmans pour qu’ils se désolidarisent, ou qu’ils parlent constamment au nom de l’Islam. Je me demande comment aujourd’hui un musulman peut se sentir à sa place en France. Cet article paru dans le New York Time a donné la parole à des femmes musulmanes, et un dur constat s’impose : la majorité d’entre elles espère quitter leur pays dans lequel elles ne sentent plus à l’aise.

Louis-George Tin, militant impliqué dans la lutte contre le racisme, l’homophobie et la transphobie, a eu des mots justes à ce sujet :

Après le débat sur le foulard islamique, le débat sur le voile islamique, sur le nikab, sur la burka, sur le burkini, sur le voile à l’université, sur les femmes voilées qui accompagnent les sorties scolaires, sur les nounous voilées dans les crèches, sur la longueur des jupes, sur le halal, sur les magasins qui vendent du halal, sur ceux qui ne vendent pas de porc, sur les menus de substitution à l’école, sur l’abattage rituel, sur les prières de rues, sur le financement des mosquées, sur le « terrorisme islamique », sur les barbus, sur la taille des barbes, sur le salafisme, sur le djihad, sur les piscines non mixtes, le débat sur l’identité nationale, le débat sur la laïcité, le débat sur la déchéance de nationalité, le-débat-sur-l’islam-est-il-compatible-avec-la-République, le-débat-sur-peut-on-vraiment-parler-d’islamophobie-en-France, après des centaines de Unes sur (ou contre) les musulmans, dans Valeurs actuelles, L’Express, Le Point, Le Figaro, etc. je me demande vraiment pourquoi les musulmans ont l’impression que la France aurait quelque chose contre eux.

On nous parle constamment d’un islam politique contre lequel il faut lutter, et d’un tas de sujets tous aussi démesurément traités par les politiques, que ça libère malheureusement une parole raciste et xénophobe, déjà trop présente en France. Tous ces débats sur l’identité française, les valeurs françaises, les racines françaises ne cachent rien d’autre qu’un racisme ancré dans la politique française. Le pire, c’est que tout le monde semble l’accepter gentiment, sans rien dire. Je n’en pouvais plus en France d’entendre constamment les mêmes clichés, les mêmes phrases sur les musulmans, sur les étrangers, sur les migrants, sur les personnes un tant soit peu trop bronzées pour certain-e-s. Et après Nice, ne parlons pas de ce que l’on a pu entendre, les « Retournez chez vous ! », « On est chez nous ! » et autres phrases totalement absurdes jetées à l’encontre des musulmans venus se recueillir sur la Promenade des Anglais.

Les Français sont aussi profondément machistes et sexistes. Malheureusement, en France, les comportements de certains hommes à l’encontre des femmes restent révoltants. L’affaire Denis Baupin n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de ce qui se passe chez nous. Quand ce ne sont pas les politiques qui vont trop loin, ce sont les journalistes. Quelle belle image renvoyée par les journalistes lors des Jeux Olympiques de Rio. Oui, sur iTélé, on diffuse les images du beach-volley féminin uniquement pour la plastique des joueuses, et pour le plaisir de ces messieurs (le journaliste en question ne s’en cachait pas : « ça fait plaisir ! »). Les femmes sont constamment rabaissées à leur condition de femme ou de mère, et ces exemples médiatiques ne sont qu’un reflet de ce que vivent les Françaises au quotidien. C’est toujours assez risible d’entendre les politiques et les médias parler de l’égalité femmes-hommes quand on voit la place des femmes dans ces milieux. Elle est belle la droite à fustiger le burkini sous prétexte de l’égalité entre les femmes et les hommes, quand la présence d’une femme reste incertaine pour la primaire.

Et évidemment, pour en finir, je ne supporte plus de vivre dans un pays où une partie de la population est profondément homophobe et transphobe. Je ne comprends pas que, dans un pays comme le nôtre, on puisse donner autant de visibilité à des groupuscules comme la Manif pour tous. J’imagine que, lors de leur prochain rassemblement en octobre, ils passeront sur tous les plateaux de télévision et de radio, seront dans tous les journaux, pour rappeler qu’ils défendent la femme, l’enfant et la famille. Autant de propos grotesques qui cachent bien une parole homophobe. Je ne comprends pas, en 2016, que de telles idées puissent être défendues, et surtout médiatisées. Car comme pour le racisme et le sexisme, les politiques et les médias alimentent aussi constamment des débats infâmes sur ces supposés monstres que seraient la « théorie du genre », la PMA ou la GPA, ou pire encore la loi Taubira. Je m’estime heureux de vivre bien loin de la France et de ces hordes rose et bleu qui défileront dans les rues de Paris pour défendre une conception, soi disant, naturelle de la famille (qui n’est concrètement rien de plus qu’une construction sociale qu’ils cherchent à imposer à tou-te-s).

La Suède a beaucoup à nous apprendre

En m’expatriant en Suède, je m’étais évidemment imaginé partir vers une sorte d’eldorado de tolérance, d’ouverture, d’acceptation de l’autre et d’égalité. Ce n’est pas loin de la réalité. Je ne dis évidemment pas que les Suédois n’ont pas aussi leurs propres problèmes, une forme de xénophobie et une montée de l’extrême-droite, mais leur ouverture reste de mise. Il suffit de se balader dans les rues de Stockholm ou dans les établissements publics pour comprendre ce qu’est l’ouverture.

Dans Gamla Stan, le centre historique de Stockholm, un grand nombre de commerces arborent des stickers arc-en-ciel pour signaler leur acceptation des LGBTQ+ (lesbiennes, gays, bis, trans, queer). Quand des prêtres suédois (des femmes, il faut le souligner) sont venues nous présenter l’Eglise de Suède à l’université, elles nous ont parlés d’événements organisés pour les LGBTQ+, de leur participation à la gay pride et l’église, présente sur le campus, arbore même le drapeau arc-en-ciel à son entrée. Notons aussi que toutes les confessions sont invitées à participer aux différents événements, que l’on soit chrétien, juif ou encore musulman. C’est aussi une certaine satisfaction et une certaine joie de voir la place des femmes et des hommes dans cette société. Ici, dans la garde royale, les femmes sont nombreuses et c’est une chef qui dirige la fanfare de cette même garde. Ici, beaucoup plus qu’en France, il est courant de voir des pères s’occupant seuls de leurs enfants ou se promenant avec une poussette. Ici, il y a douze femmes pour onze hommes au gouvernement. Ça fait du bien de voir qu’il est possible de tendre vers une égalité entre les femmes et les hommes, que la parité n’est pas un simple mythe.

La philosophie scandinave, en général, fait que les uns ne jugent pas les autres. Ici, personne ne regarde de travers une femme parce qu’elle porte le voile ou parce qu’elle serait trop couverte. Personne ne regarde non plus, à l’inverse, une femme qui ne serait pas assez couverte. Les Suédois sont dans une modération constante et partent du principe qu’une personne est telle qu’elle est, et que l’on n’a pas à la juger pour ça.

Ce que je dis n’est pas forcément plaisant, pas même pour moi car je reste français, mais c’est une vérité que je ne peux nier. Depuis plusieurs mois, le spectacle qu’offre la France m’exaspérait au plus haut point et je sentais réellement le besoin de partir pour découvrir autre chose, une autre culture, un autre mode de vie. Evidemment, en observant le modèle suédois, le français fait bien pale figure. Sur de nombreux points, on sent que notre pays est en retard, ou qu’il fait du surplace en s’accrochant à des débats sans fin. Aujourd’hui, je n’aspire donc qu’à une chose d’ici mon retour : avoir enfin de quoi être fier en regardant la France.

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